Souvenirs de guerres

 

(L'histoire 'brute' des cartes postales, telles qu'on les trouve parfois aux puces. Un (jeune) légionnaire, originaire du Loiret, écrit à une voisine du village natal au fil de son itinéraire. Voici des extraits de 1908 à 1915; l'orthographe correspond à celle de l'original)

1908

                                         

30 Bou-Denib. - Cadavres marocains au pied de La Gara (attaque du premier septembre 1908)
Cliché Garaud                                                                             J.Geiser phot. Alger

 

 

                                        

Ma chère Marcelline
Comme tu as du le voir par les journaux, nous avons eu encore à combattre ces jours derniers, je m'en tire encore sain et sauf. Nous avons que 3 blessés et légèrement. Je ne peu t'écrire longement aujourd'hui je le ferai avec plaisir lorsque je le pourrai. Je suis de passage à Colomb Béchar. Je ne sais pas si je rentrerai à Forthassa. Adresse toujours tes lettres à cet endroit avec mention faire suivre. Du côté marocain il ya eu 23 cadavres de retrouver. Je me porte à merveille quoique cela légèrement fatigué

 

 

 

 

1910

 

 

6. FORTHASSA GARBIA - Fraction d'une Compagnie montée          

 Pignet, Édit., à Aïn-Sefra

Voilà nos Montures
Henri

 

 

EVENEMENTS DE LA FRONTIÈRE ALGÉRO-MAROCAINE        

722. HASSI-DJERAOUA (Entre Martinprey et Berkane) La Corvée d'eau au Puits Hassi-Djeraoua    

Édit. Boumendil, phot. Sidi Bel-Abès

Je quitte Taourirt que le 16 Octobre si tu m'écris adresse tes lettres jusqu'à cette époque à cet endroit. Je serai à Bel Abbès qu'à la fin d'octobre. Je me porte bien; j'espère qu'il en est de même de toi. Je te serre la main aussi qu'à tes parents. Henri

 

EVENEMENTS DE LA FRONTIÈRE ALGÉRO-MAROCAINE   

 Édit. Boumendil - Phot. Sidi Bel-Abbès       

412. MARTIMPREY (Maroc) - Les Caouadji autour de la rédoute        

 

Ma chère Marcelline
Je ne sais pas si François t'a renseigné sur ma nouvelle garnison qui est Oudjda ou nous devons arrivé vers le 10 décembre. Aujourd'hui avons atteint Ain-Ifa à 25 kilomètres de martinprey lequel nous serons demain encore 15 jours de marche et nous atteindrons Oudjda. J'enverrai une longue lettre à mon arrivée. De ce moment le temps me manque. Je me porte à merveille quoique un peu fatigué. Au revoir
Henri. Voici mon adresse: Groupes d'opérations de la frontière Marocaine D.H. 1e Etranger 24 Ce Montée à Oujajda Province Oran Algérie

 

 

1911

Souvenir de voyage

"EUPHRATE" Par grosse mer dans l'Océan Indien

Ma chère Marceline
Je t'avais promis avant mon départ de t'envoyer différentes cartes des ports où nous devions faire escale. Je viens d'arriver à Port Said (Egypte) mais comme nous ne débarquons pas je me vois obligé de retirer la promesse que je t'avais faite. Enfin je t'envoie quand même cette carte que j'ai trouvé à bord et qui représente le paquebot sur lequel je suis. Tout va bien et je me porte à merveille depuis notre départ d'Oran il y a 9 jours; nous avons toujours une mer magnifique et je n'ai pas encore eu le mal de mer, il faut esperer que cela continuera ainsi jusqu'au bout, car nous ne sommes encore pas arriver. Encore plus de 30 jours. Dans 5 ou 6 jours nous serons dans l'océan indien et parait-il que cet océan est beaucoup sujet au tempête. La carte que je t'envoie représente notre bateau dans cet océan par mauvaise mer. Je vais arrêter la ce brouillon n'ayant plus rien de remarquable à te marquer et de plus la place va me manquer. Dans quelques heures nous levons l'ancre pour Colombo. Je ferais mon possible de me procurer quelques cartes de là bas et je te les expédierai à mon arrivée à ce port, dans une dizaine de jours. Bien le bonjour à tes parents. Embrasse bien Maman et les petites pour moi. Je te serre amicalement la main de loin. Henri.

 

Tonkin 201. - Congaïe ; Collection M. Passignat, Hano

Viétri le 21 Mai 11
Ma chère Marceline
Me voilà donc arriver à destination et je t'affirme que c'est vraiment loin le Tonkin. 45 jours de voyage c'est rudement long. Enfin quoique cela j'ai le plaisir de t'annoncer que tout s'est passé à merveille; nous n'avons pas eu la moindre tempête, une mer magnifique. Enfin à notre arrivée à Haiphong nous avons été dirigé dans les 4 coins du Tonkin. Sur les 400 hommes que nous étions il en fut envoyé vingt d'un côté, trente de l'autre. Moi je suis venu échoué à Viétri petit poste situé à quelques kilomètres de la frontière de Chine et j'y suis installé ...

 

 

301. Tonkin -

VIÉTRI - Vue Générale des Quais; Collection de l'Union Commerciale ( )

...depuis hier. Le paysage y est épatant, la chaleur étouffante; l'on y marche presque nu et l'on y su encore. La vie n'y est plus la même qu'en Algérie, les moeurs du pays ne sont plus les mêmes. La récolte du riz fait la richesse du pays. Je ne veux pas te détailler tout cela sur cette carte car aujourd'hui je n'ai pas grand temps à moi. Je t'écrirai plus longuement d'ici quelque temps. Enfin je me porte à merveille de ce moment j'espère qu'il en sera de même de toi et de tes parents qu'en ces quelques mots te parviendront, ainsi que maman et les petites. Je compte que sitôt que tu auras réçu ces mots tu m'écriras une longue lettre me donnant des détails des nouvelles du pays. Je termine en te serrant affectueusement la main. Henri - Caporal 1e Rt Etranger 15e Cie Viétri Tonkin - Communique ces mots à maman qui j'embrasse bien de loin.

 

 

1914

Impr. Réunies de Nancy

A.Verry, éditeur

 

Le 11-10- 1914

Ma chère Marceline
Je viens de recevoir tes deux cartes où tu me donnes quelques nouvelles du pays je te remercie et t'en serai toujours reconnaissant. Je suis toujours à Mailly attendant avec impatience le jour d'être sur la ligne de feu, mais les hommes que nous avons de sont pas encore assez instruit en ce moment il nous faut encore attendre. Tu ne peux te figurer le casse tête que je me suis fait avec ces gens la
qui la plupart ne comprennent pas un seul mot de français. J'en suis devenu presque fou j'en ai les cheveux blanc enfin j'espère que d'ici quelque temps ils seront capables de combattre mais ils ne vaudront pas nos vieux légionnaires d'Afrique. Je m'arrête là pour le moment une carte suivra encore dans quelques jours je me porte à merveille j'espère qu'il en est de même de toi et de tes parents. Embrasse bien maman et Marcelle pour moi. Je termine et bien à toi. Henri. Ajoute à mon adresse 'Bataillon A'
(Marqué par l'expéditeur: 'Franchise militaire' ; Tampon: 1er REGIMENT ETRANGER - BATAILLON A DE MARCHE LE COMMANDANT)

 

1914

 

114. Mittrailleuse au Combat - Tir dans une tranchée-abri

Librairie Militaire Guérin Mourmelen

 

 

 

 

Mailly 18 - 10- 1914

Ma chère Marceline
Je quitte Mailly aujourd'hui pour Epernay; préviens toute la famille. J'écris à Jeanne en même temps qu'à toi pour les prévenir à Paris. Je suis toujours en bonne santé j'espère qu'il en est de même de tous au pays. J'ai l'espoir qu'avant peu j'aurai la joie d'en voir culbuter devant moi. Embrasse bien maman et Marcelle pour moi; un grand bonjour à tes parents. Je te quitte j'espère que d'ici peu j'aurai la joie de vous embrasser tous. A bientôt et bien à toi. Même adresse à Epernay. Henri
(Tampon à l'arrivée du 21-10-14)

 

 

 

 

 

 

1915

 

 

 

121 J.M.T. Paris.
        Parle de la Patrie et de la délivrance A ceux qu'un dur destin courbe sous la souffrance

le 8-5-1915.
Ma chère Marceline
Avant de partir peut-être pour le grand voyage je t'envoie ces deux mots; actuellement tout va bien. A bientôt le retour. Henri
(Tampon à l'arrivée du 10-5-15)

 

 

 

 

 

 

 

* * *

 

Pendant la guerre de 1914 l'adressate avait d'autres correspondants militaires, dont un cousin:

 

65 - Remorantin - Les Moulins

(sans date)

Ma chère Marceline,
je suis à Romorantin depuis 15(?) jours, où je fais un stage pour apprendre la mittrailleuse (machine à tuer les boches). Je quitte Romorantin le 19 pour aller à Blois pendant 21 jours, complèter l'instruction; pendant ce temps c'est autant de près(?)sur l'ennemi, comme l'on dit, et surtout plus tranquille, malgré qu'il y est beaucoup de travail. J'espère que Simone est en bonne santé et est toujours bien gentille; je serais heureux si tu me donnais des nouvelles détaillées sur elle, et si tu la vois assez souvent de lui faire faire une lettre à son papa et surtout à sa maman, car elle se plaint de ne pas recevoir des nouvelles de sa fille et elle s'ennuit beaucoup. Je compte sur toi, ma chère Marceline et à bientôt de tes nouvelles. Mes amitiés à tes parents, un ami sincère qui t'embrasse. Gaston