Germaine Rinaud Braibant 1909 -1990

 

(Nous avons trouvé très peu d`indications sur sa vie et son travail notamment à partir des années 1930. Ceci est donc en quelque sorte un appel aux éventuel.le.s lect.eurs.rices qui en savent plus de nous contacter: ks"arobas"aleph99.org)

(pour des illustrations-documents voir le fichier pdf)

 

Les périodiques - Le Journal des débats politiques et littéraires,La Semaine à Paris,LesAnnales coloniales, Le Ménestrel - donnent des informations sur la fille d'une mère guinéenne et d'un père "français de souche".

Depuis 1893, la Guinée est une colonie française et le statut d'indigénat y est imposé depuis 1907. La colonie exporte du caoutchouc, principalement le latex de liane. 400 000 des environs 1 million guinéens-hommes subissent le travail forcé, notamment le portage. Le racisme des colonisateurs fait fonction d'idéologie de légitimation. Le métissage est mal vu. Les enfants métisses ne doivent-ils pas être particulièrement encadrés ? Des considérations philanthropiques sont à l'ordre du jour : de par leur "sang", ne faudrait-il pas les enlever de l'entourage de leur "race"?

En 1906 un jeune instituteur parti semble-t-il le 2 octobre 1902 de Marseille comme « agréé commis 1e classe des affaires indigènes de la Côte d'Ivoire » arrive à Faranah, région où naîtra en 1922 Sékou Touré, le futur libérateur-dictateur. Sur un terrain débroussaillé et ferrugineux, de 15 hectares l'instituteur fait planter à ses écoliers des lianes de caoutchouc. En 1907 les plantes ont de 10 à 15 cm de hauteur et l'instituteur obtient un "témoignage de satisfaction" pour l'enseignement agricole qu'il donne à ses élèves. Le caoutchouc prend beaucoup de son temps ; il se trouve que pour des raisons de qualité, la production africaine diminue jusqu'à disparaître au début des années 1920. Le 1 janvier 1914 le Gouverneur général promeut Rinaud à l'emploi d'instituteur de 3e classe. En 1920 « George » (c''est à dire Pierre-George) Rinaud obtient une mention honorable du ministère des Colonies. En 1925, Pierre Rinaud est transféré à l'école régionale à Kankan à 150 km à l'est-nord-est de Faranah. En 1927, il obtient une médaille d'argent du ministère. Le Journal officiel du 9 août 1928 mentionne sa nomination comme directeur de la mutuelle scolaire de Kankan, et le 14 juillet 1930 il est nommé Officier de l'Instruction publique. Le 17 juin 1933 un congé de convalescence de six mois lui est accordé.

Selon l’acte de naissance l'instituteur Pierre Georges Rinaud est le père de Germaine Rinaud. En 1915 il sollicite un jugement du tribunal de 1e instance à Conakry par lequel cet acte de naissance à pu être établi : l’enfant nommé Germaine est née le 4 janvier 1909 à Nyenouya/Faranah, et d’après l’enquête de l’officier colonial à Faranah le requérant est le père et la mère est « non dénommée ». Le tribunal reconnaît les raisons pour lesquelles le père n’avait pas déclaré la naissance comme prévu par la loi.19 L’enfant aura une "marraine", Mme Mauger (donc la reauête de l’acte de naissance ?), qui se déplace avec l'enfant dans le pays et sur le Niger, avant de l'emmener à Paris probablement en 1916. Germaine Rinaud a-t-elle connu sa mère ? Mme Mauger est l'épouse de Marie Joseph André Mauger, à l’époque « agent spécial » à Faranah 20

En marge sur l’acte de naissance se trouvent 3 entrées : « Reconn. à Paris 8e Arr le 25 mai 1943; Mariée à Paris 17e Arr. Le 10.9.1956 avec Henri Marcel Braibant; Décédée à Paris 17e Arr. le 9.6.1990...

En 1920, à 11 ans, Germaine Rinaud entre au cours "piano préparatoire" du Conservatoire à Paris, en même temps notamment que Mlles Roget, Odette Staub, Mlle Clavius-Marius ; la même année, Georges Tzipine (1907-1987), futur chef d'orchestre, interprète de musique contemporaine, entre en classe "préparatoire violon".

Les événements au Conservatoire, notamment les concours, sont couverts in extenso par le magazine Comoedia et son critique Raymond Charpentier ainsi que dans une moindre mesure, par Le Menestrel.

En 1923, élève de M. Rousseau, Germaine Rinaud obtient une des trente premières médailles en solfège instrumentalistes femmes. Marcel Samuel Rousseau (1882-1955), organiste, compositeur, professeur d'harmonie au Conservatoire, sera directeur artistique chez Pathé, directeur de l'Opéra de 1941 à 1944, et succédera à Reynaldo Hahn à l'Académie des Beaux Arts en 1947.

En 1923, Germaine Rinaud est admise avec 26 autres au concours piano femmes et le 25 novembre elle est une de la douzaine de gagnantes.

En 1924, elle est "la nouvelle" de la classe Staub et le 29 mai de l'année suivante elle est admise au concours ; en juin elle obtient un deuxième prix, Selon Comoedia elle gagne le Prix Girard doté de 300 f. Les Annales Coloniales publient une interview d'elle chez sa marraine, Mme Mauger ainsi que de l'autre "mulâtresse" : Louise Clavius-Marius, également deuxième prix, de 2 ans et 5 mois l'aînée, classe Lazare-Lévy, qui a grandi à Saint-Louis et habite chez son père, ancien procureur général et chef du service juridique au Congo.

Le 19 février 1926, « Mlles Roget - (Henriette (1910-1992), plus tard Mme Puig, organiste à la Grande Synagogue. pianiste à la radio, enseignante à Tokyo et au Conservatoire - et Rinaud ont joué à ravir le Rondo de Schubert". Le 2 juillet de la même année, "Mlles Clavius-Marius (classe Lazare Lévy ((1882-1964) ) et Rinaud (classe Staub), deux jeunes filles couronnées l'an passé, qui, l'une et l'autre cette fois, n'ont pas montré suffisamment de style et de simplicité..." . (Victor Staub (1872, Lima-1953), autrichien d'origine, père d'Odette, pianiste et compositeur ("Boléro"), dirige la "Classe Supérieure" femmes depuis 1913 ; il se retirera le 15 janvier 1941).

En février 1927, Charles Tournemire (1870-1939) - organiste, compositeur, enseignant de musique d'ensembles au Conservatoire - organise un concert. Il confie, "pour les deux premiers mouvements du quatuor de Debussy, à l'archet sûr, vigoureux, parfois un peu rugueux de M. G. Tzipine, lequel a également interprété la Suite de Rameau avec, au violoncelle son frère qui fut excellent, et au piano Mlle Rinaud qui trébucha quelque peu..." En juillet de la même année, Germaine Rinaud et Louise Clavius-Marius obtiennent les premiers accessits : "iL faut signaler que Mlles Rinaud et Clavius-Marius sont deux mulâtresses malgaches qui ne manquent pas de virtuosité" selon Louis Schneider. Mais quatre jours plus tard "ces messieurs de la tribune sacrée" décident qu'il y a parmi les manquants du concours final "deux seconds prix de 1925, Mlles Rinaud et Laborde ... Mlle Rinaud (classe Staub) a bousculé la fin de son morceau; mais elle a fait montre de jolies sonorités, d'une technique excellente, peut-être sans personnalité; Mlle Laborde (classe Philipp) avait fort bien compris sa Fantaisie et l'avait bien jouée; je ne vois pas pourquoi cette fois elle a été éliminée..." . Enfin le 25 novembre, Germaine Rinaud figure sur la liste des "définitivement admis comme élèves", qui sont 16 pour le piano. Elle est même la seule qui obtient les 12 voix des 12 membres du jury. Comment a-t-elle pu faire ?

En juillet 1928, lors de la remise des prix - un premier prix pour Germaine Rinaud - l'observateur du Ménestrel explique: "L'histoire de Mlle Rinaud est bien amusante, parce qu'il est toujours drôle de voir "rosser le commissaire", ici l'administration et les règlements du Conservatoire. Donc Mlle Rinaud, jeune coloniale, dépitée de n'avoir pu décrocher le premier prix, ni en 1926, ni en 1927 après avoir été gratifiée d'un second prix en 1925, était, par ses deux échecs, exclue de la classe de piano. Que faire ? Elle était assez jeune pour pouvoir se présenter à nouveau aux examens d'admission du piano, de telle sorte qu'au début de l'année scolaire elle fut reçue : et cette fois elle a montré dans son morceau de concours de si jolies sonorités, de si bons doigts souples, qu'elle a été jugée digne du premier prix, malgré et contre l'administration de l'établissement de la rue de Madrid. Et voilà comment Mlle Rinaud a obtenu la victoire en donnant un spirituel croc-en-jambe au règlement. "Cette petite Rinaud, c'est rosse!" disait un juré complètement déliquescent à la fin de la séance...". Le 10 juillet, la récompense lui est remise en présence de M Herriot, ministre de l'Instruction publique et M. Rabaud, directeur du Conservatoire : le prix Popelin (1200 f.) lui est accordé ainsi qu'à quatre autres demoiselles.

Le samedi 30 novembre 1929 à 21h Germaine Rinaud donne son premier concert en public à la salle Erard, 13 rue du Mail. Ci-dessous le compte rendu qu'en donne La Semaine de Paris du 6 décembre 1929, signé M.P.:

"Héritière du grand Pleyel, d'Erard, des Gaveau, de Bord"?

Dans les Annales Coloniales du 2 décembre 1929:,Henri Delorière semble honnêtement admirer le travail de Germaine Rinaud: "Si je dis qu'il était d'une grande difficulté (son programme), Germaine Rinaud fut à sa hauteur. Elle a vraiment l'étoffe d'une virtuose, que la vie ne lui apprendra malheureusement que trop vite à prier avec Bach et pleurer avec Chopin. Pour l'instant, les modernes, moins profonds, lui sont d'une commerce plus familier, si je conclus que son très vif succès fut amplement mérité, j'aurai rempli tout mon devoir de franchise envers la gentille guinéenne qui, venue tenter sa chance dans l'effrayant Paris, paraît bien avoir gagné la dure partie." A-t-elle vraiment "gagné la dure partie" ?

Le 23 novembre 1930 elle fait "valoir ses qualités pianistiques" en accompagnant Alia Sauvesys (sic! pour Alice Sauvresys) sur TSF Radio Comoedia de 12h30 à 13 h: "Le quart d'heure musical avec des petites pièces faciles et charmantes qu'elle composa spécialement pour être jouées à quatre mains par les petits"

Le Ménestrel commente (signé P. L.) un concert donné en mars 1931:

En 1932, l'Association des prix de piano organise une fête en honneur et en présence de Francis Planté, surnommé "le dieu du piano" et âgé de 93 ans. Parmi les invitées du membre du bureau de l'Association:, on trouve Germaine Rinaud, Mathé, Clovius Marius, Bloch...)

En 1933, Germaine Rinaud accompagne Marie-Thérèse Dauvergne à la salle Chopin, selon La Semaine à Paris du 19 mai 1933. Nous n'avons rien trouvé sur Marie-Thérèse Dauvergne sur Internet Noël Gallon (1891- ?) est compositeur et pédagogue.

Le 17 décembre de la même année, elle fait partie d'un quatuor vocal avec Mme Jean Merry et M. et Mme Paul Rémond lors d'un concert de la Maison des Intellectuels au Théâtre Albert-Ie (aujourd'hui théâtre Tristan Bernard dans le VIIIe). La musique est d'André Bloch (1873-1960), Georges Migot (1891-1976), Robert Montfort (et non Montsort), compositeur de "Trois poèmes de Baudelaire en 1911.

En 1934, Germaine Rinaud participe à une interprétation d'oeuvres de A. Sauvrezis, selon La Semaine à Paris du 11 mai 1934. Alice Sauvrezis (Nantes 1866-Paris 1946), est compositeur (élève de César Franck et Vidal), pianiste, professeur de musique, directrice du choeur de l'Institut Girardin-Marchal, directrice de programmes à la radio et à la Maison des intellectuels. Son intérêt particulier semble avoir été le folklore breton. Citons parmi ses oeuvres: Chants de soldats (1525-1915), chansons populaires, chants militaires, hymnes nationaux, sonneries, publiés à Paris, chez Berger-Levrault, 1925 , qui publiera également Marcel Braibant à deux reprises. L'Institut Girardin-Marchal est une école de musique privée, peut-être pour filles seulement, dirigée par Mme Girardin-Marchal. Après la Seconde Guerre l'Institut (ou une dépendance) sera installé à Caen.

Toujours en 1934, la pianiste, une violoniste et une violoncelliste jouent la partie musicale d'un événement de l'association d'Orphelins de Guerre au profit de sa caisse de secours. (Le Figaro 7 avril). Reine Sultana Bessis (née en 1890 à Alger?) est une élève du violoncelliste Paul Bazelaire (1886-1958), professeur au Conservatoire national. Madelaine Montier-Hermer, violoniste, sera plus tard professeur au Conservatoire de Rennes.

On ne trouve plus rien ensuite sur Germaine Rinaud. Sa formation terminée, a-t-elle pu revoir son village natale, comme l'adolescente l'avait espéré en 1925 ? Jusqu'à présent, nous ne l'avons retrouvé que quelques années plus tard, pendant l'occupation, sous le nom d'artiste "Choucoune". Le 18 avril 1942, dans la liste des Cabarets du Comedia, Choucoune est associée au Cabaret Carrère avec Christiane Néré, Maurice Baqué et les Mathurins, groupe de musiciens de la rue des Mathurins. Qui est Maurice Baqué, et non Baquet ? Sur Christiane Néré, chansonnière avec Charles Trenet "Au micro de la Redoute"21.

Selon une annonce du cabaret Chez Elle, rue Volney, le 20, puis le 27 juin et le 4 juillet 1942, Choucoune joue avec le Trio des Quatre. Parmi les trois autres femmes il y a Doris O'Casey, membre de l'orchestre Jacques Hélian en 1950.

Comoedia publie une annonce du cabaret Le Boeuf sur le toit le 31 octobre puis le 14 novembre 1942. "En exclusivité Marcel Dieudonné" "avec Choucoune et l'orchestre d'André Ekyan". Dieudonné (1913-1954) était un comédien de music-hall en 1945 et il figurait en avant-première du spectacle d'Édith Piaf, en 1947 puis il joue le rôle du trafiquant dans le film Dédée d'Anvers avec Simone Signoret. André Ekyan (1907-1972) est un des premiers jazzman en France, soliste, chef d'orchestre, compositeur depuis 1930 et grand musicien également après la guerre. Le Boeuf sur le toit est le lieu de rencontre du monde mondaine et intellectuel avant la guerre et reste en vogue jusqu'à sa fermeture par l'occupant en 1943.

Puis Choucoune apparaît dans une annonce faite par le quotidien Le Matin le 19 novembre 1942 du cabaret Le Doge "ex Chez Elle", 16 rue Volney. "Chez Elle", ou elle a joué au mois de juillet, a été le cabaret de Lucienne Boyer (1901-1983) qui a été modiste, puis modèle de Foujita, avant de devenir une célèbre chanteuse. Durant l'occupation, elle refuse de participer aux tournées en Allemagne et elle décline l'offre de la Continental de tourner des films. Elle a toujours été en contacte avec des résistants, selon Limore Yagil 2015 p. 399.

Le Doge est une adresse extravagante, un "lieu, qui prend place parmi les plus élégants établissements de nuit" 22. Lucienne Delyle, parisienne, née Delache (1913 ou 1917-1962), d'abord préparatrice en pharmacie, en 1938, engagée par Jacques Canetti à la Radio et chez Polydor, deviendra une star pendant les années 1950. Elle obtiendra le Grand Prix du disque en 1956 avec son compagnon et mari, Aimée Barelli (1917-1995), jadis chef d'orchestre de swing au cabaret Le Boeuf sur le toit. "Elle a abordé à peu près tous les genres et tous les styles, de la chanson réaliste à la valse musette, en passant par la chanson sentimentale, la chanson jazzy, parfois teintée d’influences exotiques. Sa voix langoureuse, son timbre chaud et sa diction précise ont influencé de manière décisive la chanson française de variété." 23.

Gregory Chmara (1878-1970) né à Poltava, d'origine géorgienne, acteur de théâtre avec Olga Knipper, acteur de cinéma muet poursuit sa carríère dans de nombreux films (1956 dans Elena et les Hommes de Jean Renoir). Il était arrivé en Allemagne en 1919 et à Paris en 1935. Après la guerre il est aussi metteur en scène aux théâtres parisiens.

Raymond Magnier alias Rex Harvey (1914-?) est un danseur de claquettes, meneur de revues, chanteur et fantaisiste entre Paris, Bruxelles et l'Afrique. Depuis 1941 le Cabaret emploie par ailleurs l'orchestre du saxophoniste Christian Wagner avec le pianiste André Grassi qui y reste après le départ de l'orchestre au début de 1943. « L’orchestre de Christian Wagnr est excellent et passe avec beaucoup d’habileté du swing au tsigane, sans oublier les douces valses de Vienne. » (La Semaine à Paris)...

Choucoune figure encore dans une annonce du Matin du 13 avril 1943 consacrée à "La vie parisienne" de Suzy Solidor: "Suzy Solidor 1900-1983 (née Suzanne Marion, devenue Suzanne Rocher) est une figure emblématique des années 1930. Symbole de la garçonne des « années folles », elle a contribué à populariser auprès du grand public le milieu homosexuel parisien, célébrant dans plusieurs de ces chansons les amours lesbiennes (Ouvre, Obsession, etc.) "24. En 1918, elle a été chauffeur des états majors, puis antiquaire. Elle s'est tournée vers la chanson en 1929 et a ouvert La vie parisienne, rue Saint Anne "chic et cher" en 1933 ; y chante entre autres le jeune Charles Trenet. Tamara de Lempicka peint le portrait de Suzy Solidor. "Durant l'occupation, son cabaret est connu comme un lieu fréquenté par quelques officiers allemands : contrairement à d'autres cabarets de la capitale, chez Suzy Solidor , il n'a pas de femmes nues, pas de restaurant, et donc pas de marché noir, mais essentiellement des textes littéraires" écrit Limore Yagil (2015) ; elle précise par ailleurs que Suzy Solidor a joué un rôle important dans la Résistance. La commission d'épuration lui attribuera cependant un blâme et l'interdiction provisoire d'exercer. Elle partira aux États Unies, reviendra en France en 1954 pour ouvrir Chez Suzy Solidor rue Balzac, puis, en 1960 Chez Suzy à Cagnes-sur-Mer. Jean Rigaux (1909-1991) est un chansonnier très en vogue au théâtre des Deux Ânes, au Boeuf sur le toit et acteur dans de nombreux films.

Choucoune ne semble pas avoir abandonné la musique de chambre. Le chroniqueur de musique de Paris Soir parle entre autres d'un concert d'elle accompagnante de Simone Valbelle le 2 juillet 1943. Valbelle est par ailleurs actrice dans Marius à Paris, un film de Roger Lion datant de 1930 ; elle anime avec son orchestre féminin Le Casino de Paris et Les Folies Bergères. L'affiche du disque est de Jean-Dominique van Caulaert.

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La Société des Océanistes a été fondée au Musée de l'Homme en 1945, après avoir existé clandestinement pendant l'Occupation. Elle compte parmi ses membres des scientifiques (Rivet, Leenhardt, Condominas, Levy-Strauss, Mauss, Soustelle, Guiart, etc.) ainsi que des militaires, des commerçants, des fonctionnaires, des hommes politiques (Maurice Lenormand, futur politicien néo-calédonien), des artistes, et des journalistes. André Weil-Curiel, le beau fils de Marcel Braibant, y adhère en 1947, ainsi que l'ethno-musicologue du Musée de l'homme, l'africaniste André Schaeffner. Le secrétaire général est le très actif père Patrick O'Reilly.

Selon la liste des membres de 1949, Germaine Rinaud, dite Choucoune, habitant 30 rue Vernier dans le 17e arrondissement de Paris, est membre associée depuis 1945. Dans le deuxième volume du Journal de la Société, Patrick O'Reilly rapporte que le 8 novembre 1945, Mlle Choucoune et Mme Humbert-Sauvageot ont enregistré chacune un disque chez Pathé-Marconi, de chansons de la Nouvelle Calédonie et de l'Ile de Maré, chantées par des membres du Bataillon du Pacifique, cruellement décimé à Bir Hakeim, qui séjournaient à Paris avant leur rapatriement en février 1946. Faut-il rappeler ici que Pathé a été une industrie florissante pendant l'Occupation ?

Mady Humbert-Lavergne a été l'assistante de Philippe Stern (1899-1979), conservateur et musicologue au Musée Guimet. En 1931, lors de l'Exposition coloniale, redoutable démonstration du pouvoir impérial et des préjugés colonialistes, ils ont commencé à collectionner des chansons et des paroles d'Afrique et d'Asie du Sud-Est : 184 disques Pathé, 78 tours, dont 4 de Guinée. En 1937, lors de l'Exposition internationale, Philippe Stern et Mady Humbert-Sauvageot ont enregistré des chansons antillaises avec notamment la jeune Jenny Alpha (1910-2010). Pierre Sauvageot, mari de Mady, a été l'époux de la future femme de presse catholique Ella Sauvageot, née Thuillier de 1922 à 1933. Avec sa nouvelle épouse, il traduira des textes du Zen-Boudhisme.

Qu'est-ce qui lie la pianiste Germaine Rinaud aux Océanistes, à la musique folklorique, au chants des soldats en 1945? On peu supposer qu'André Schaeffner ainsi que Denise Paulme, sa femme, africaniste elle aussi, se soient intéressés à la musicienne "guinéenne". Mais rien ne le prouve. On peut également imaginer, que son activité pendant l'occupation, ses relations avec Solidor et Valbelle, lui ait valu d'être mis à l'index après la guerre. La police qui s'est intéressé à Marcel Braibant ne s'est pas intéressé à elle ?

On peut envisager que Germaine Rinaud et Mady Humbert-Sauvageot se soient connues durant des enregistrements en 1931 ou en 1937. On peut également spéculer qu'elle a eu une entrée chez Pathé par son ancien professeur Marcel Rousseau ou une entrée à la Radio grâce à son ancien camarade du Conservatoire, Henriette Roget ou par Henri Barraud (1900-1997) : compositeur, visiteur au Conservatoire dans les années 1920, fonctionnaire de la SACEM, il est adhérent au Front national de la Résistance et sera le directeur à la Radio après la Libération. Germaine Rinaud a pu également bénéficier de l'attention de Auguste Charles Désiré Emmanuel Brunet (1878-1957) député de la Réunion, poète et ancien gouverneur colonial, ainsi que membre de la Société des Océanistes et domicilié dans le XVIIe arrondissement ... Enfin, quel rôle Mme Mauger a-t-elle joué pour sa filleule adulte?

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Depuis 1943 Germaine Rinaud vivait avec Marcel Braibant (1886-1960). En1956 ils se sont mariés