Les ombres du passé – la lumière du futur? : Un licée fête ses cent ans en 2001.

 

En 1912, le fondateur de l’école, Fritz Stenger (1861-1939), protestant conservateur, écrivait une longue lettre au rédacteur du „Der Wächter“, organe (tirage 45000) du ‚Rheinischer Hauptverband des evangeli­schen Bundes‘ (Section Principale de l‘Alliance Evangélique en Rhénanie) pour protester contre les tendances libérales qu’il voyait s’étendre dans ce magazine. Pour le membre betzdorfois du conseil général de l’Alliance, les nationaux-libéraux seraient un mauvais parténaire dans la poursuite de ‚nos intérêts‘:

„Les nationaux-liberaux préfèrent s’associer aux libéraux, qui de leur côté fraternisent avec la socialdémocratie, et au fond, ne se distinguent plus d’elle, les juifs étant le moteur de ce rap­prochement.“

Avec cette phrase, observation politique d’une part, idée obsessionnelle de l’autre, Stenger rejoignait plus ou moins les propos d’Adolf Stöcker (1835-1909), député de longue date de sa ville natale (Fritz était le fils du pasteur à Röttgen/Siegen), pasteur à la cour de Berlin, grand organisateur de services sociales et paternalistes de son église et terrible idéologue antisémite de l‘empire d’une influance malheureusement considérable.

Fritz Stenger avait perdu son fils unique à la Grande guerre à laquelle le capitaine de réserve avait lui-même temporairement participé. Après 1918, loin de saluer la constitution de Weimar, il ne s’accomodait pas aux règles de la république (comme trop de compatriotes). En tant que fonctionnaire, il faisait ce que faisaient beaucoup d’autres: il accepta le nouvel état sur le plan formel et pouvait ainsi rester directeur de ‚son‘ école. (Le nouveau gouvernement avait prévu une retraite anticipée pécuniairement avantageuse pour de tels cas, le cas de Stenger montre d’une façon exemplaire l’échec de cette politique de conciliation.)

L‘ anticonstitutionnalisme à l’école de Betzdorf portait des traits carricaturaux. En mars1920, lors des quatre jours du putsch à Berlin, le directeur hissait le drapeaux noir-blanc-rouge. Malgré la révolution l’anniversaire de l’empereur fut célébré à l’école comme avant et pour la fête de la constitution, le 11 août, - quand elle avait lieu, ce qui n’était pas toujours le cas – on chantait à la place de l’hymne nationale : „Ich bin ein Preuße...“ („Je suis prussien...“). Vue les nombreux ennemies de la républi­que et vu la fragilité du sens du droit dans l’état et dans la société, Stenger jouait une carte dangereuse. Notons qu’il n’aurait jamais pu maintenir son ‘style’ sans les vastes sympathies dans l’administration et dans la presse. Des journaux nationaux, républicains, ont critiqué la direction de l’école de Betzdorf (et de la supervision locale et régionale) (v. le Vossische Zeitung/Berlin du 20.8.1925 ou le Berliner Tageblatt du 24.11.1926) tandis que le Betzdorfer Zeitung apportait son soutient inconditionnel à l’anti-constitutionalisme de Stenger, à son refus des idées de co-détermination à l’école (des professeurs, des parents, voire des élèves), de la réforme du système scolaire et de l’école.

En juillet 1926 le lycée fêtait ses 25 ans. Le Rheinische Zeitung du 29. 7. titra: „Un anniversaire noir-blanc-rouge à Betzdorf“. La brochure éditée à l’occasion de la fête témoigne d’une vue apologétique de la guerre et d’un patriotisme monarchique, renfermé. Les valeurs pédagogiques prônées furent celles de l’ancien état, anti-républicaines.

L’état finit par intervenir. À la demande du bureau de recours républicain le ministre de la culture ordonna une instruction. A Betzdorf, l’exitation des citoyens dépassait de loin l’intérieur de l’école et les parents d’élèves réunies. Le Betzdorfer Zeitung du 18.11.1926 suggérait à ses lecteurs un „courroux aigu“ rappelant „la glorieuse fête de l’anniversaire cette été, témoignage unique des mérites et d’une vie pour l’école d’un homme de valeur“. Le Altenkirchener Zeitung a du publier des propos pareils ou plus forts encore, car le Berliner Tageblatt du 24 Novembre parlait de ce quotidien titrant „journal local insultant la république“. Par contre, le Siegener Zeitung faisait bonne figure, critiquait le reportage du ‚Betzdorfer‘ et réclamait le ‚devoir le plus noble du journaliste‘: respecter l’instruction en cours.

Le 28 août 1928, le secrétaire d’état Alois Lammers du ministère de la culture (comme son frère Clemens une personalité importante du parti catholique le Centrum) répondait à une demande du député Théodor Bohner (Partie Démocrate, Directeur d’école à Magdeburg):

„Selon le résultat de l’instruction, le directeur Stenger à Betzdorf est coupable d’une serie d’infractions commises entre 1919 et 1926 en exécution de ses fonctions. L’ensemble de ces infractions aurait bien justifié l‘accusation dans le but de l‘enlever de son poste. Mais Stenger avait quitté ses fonctions le 30 septembre 1927 en accord avec la loi fixant l’âge de la retraite. Vu que les fautes commises n’auraient pas justifié la coupure des revenues du retraité, j’ai décidé de ne pas continuer la poursuite et l’affaire a été close par ordonance le 31. mars 1928.“

Ainsi « l’affaire Stenger » a pu disparaître sans faire trop de bruit (1). Les ombres, pourtant, qu‘elle à jeté sur l’école non pas disparues aussi vite.

 

1) Pas tout à fait: cinq ans plus tard, sous le titre: „Justice rendu aux directeur Stenger“ le Betz­dorfer Zeitung du 9.9.1933 imprimait un article du Vokswacht, signé E.B., paru sur l’instigation du fait que „le ministre de l’art et de l’éducation du peuple décrète par ordonnance spéciale la réhabilitation du directeur Stenger“. L’état du droit avait perdu la cause. Dans le language de la dictature il était question que ‚la meute des novembristes‘ avait jadis manigancé l’affaire Stenger. (Les parties dites de ‚Weimar‘ , le DDP, le SPD et le Centre se réclamaient de la révolution de novembre 1918). En effet, la République avait tenté de se défendre – aujourd‘hui nul n‘oserait plus de mettre en cause ce fait?